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Billets

Mont Fuji

Catégorie : Voyages

29/10/2007

Enfin ! Depuis le temps que je vous fais attendre, le voici le voilà, le récit de mon ascension du mont Fuji !...Je vous préviens tout de suite, ce billet est long et contient plein de photos, il vous faudra donc être patient si vous avez une connexion lente...

Tout d'abord quelques chiffres :

- Le mont Fuji est le sommet le plus élevé du Japon, à 3776 mètres

- environ 200000 personnes, dont 30% d'étrangers, en font l'ascension chaque année

- plus de 99% des Japonais n'en font jamais l'ascension dans leur vie

- c'est un volcan classé comme dormant, c'est-à-dire actif mais à faible risque d'éruption, la dernière recensée remontant à 1707-1708

Montagne ou volcan, peu importe, le mont Fuji est avant tout un symbole du Japon et à ce titre, je me devais d'en faire l'ascension. Bien sûr c'est plus marrant en groupe et nous avions donc constitué une bande de 8 motivés plusieurs mois à l'avance. Toutefois, les choses ne se passent jamais comme prévu et petit à petit, entre les "écoute finalement, je suis un peu à court d'argent..." (excuse des gars) et les "tu sais, je sais pas trop si je serai capable de grimper jusqu'au sommet..." (excuse des filles), on s'est finalement retrouvé à deux !

En ce qui concerne la date, nous l'avions fixée au 31 août et ce pour deux raisons :

- tous les refuges sont encore ouverts

- il y a beaucoup moins de monde qu'au milieu de l'été : il paraît qu'au pic de la saison, il faut parfois s'arrêter pour faire la queue à certains endroits !...

A partir du 1er septembre, les refuges ferment petit à petit ce qui implique des contraintes d'ascension beaucoup plus rigoureuses. Vous vous doutez bien qu'à plus de 3000 mètres il fait très froid et, s'il est impossible de s'arrêter dans un endroit chaud pour se reposer, il faut marcher plus vite et/ou plus longtemps pour compenser. Le pompon c'est en hiver, lorsque la neige et la glace recouvrent en plus les sentiers, que le vent glacial redouble d'intensité et que les risques d'avalanche sont multipliés.

L'ascension proprement dite est divisée en dix étapes, jalonnées par autant de stations. Bien qu'il soit possible de grimper à partir de la première station située à la base du mont, cela n'a pas grand intérêt dans la mesure où on peut atteindre la cinquième station en voiture ou en bus et c'est d'ailleurs ce que tout le monde fait. En outre, il n'y a pas une cinquième station mais quatre, selon la route qu'on emprunte à partir de la base et chacune de ces stations est le point de départ d'une voie pour atteindre le sommet.

Nous, on a choisi la voie appelée Subashiri : c'est une des moins fréquentées et, comme elle a une pente relativement douce, nous pensions (à tort pour moi) pouvoir éviter le MAM en montant plus lentement. Le MAM est l'acronyme qui désigne le mal aigu des montagnes, simple conséquence d'une montée trop rapide en haute altitude dans un environnement qui se raréfie en oxygène. Il se manifeste généralement à partir de 3000-3500 mètres et peut présenter les symptômes suivants : migraines, nausées, insomnies, fatigue, vertiges etc etc...sympa comme programme non ?

Le MAM peut toucher n'importe qui indépendamment de l'âge, du sexe ou de la condition physique. Le meilleur moyen de s'en prévenir est de monter lentement afin de permettre au corps de s'adapter naturellement. Mais dans le cas du mont Fuji, la théorie voudrait qu'on répartisse l'ascension sur deux jours pour a priori éliminer le risque. Autre solution, que nous avons adoptée : emporter des bouteilles d'oxygène. Bien sûr, pas celles à plusieurs centaines d'euros utilisées par les "summiters" de l'Everest mais les modèles de base (et tout pourris ?) à quelques centaines de yens dont je m'interroge d'ailleurs encore sur la réelle efficacité.

Me voilà avec Naoyuki, un de mes meilleurs potes au Japon, au départ de la cinquième station :

Le temps n'était pas très encourageant mais on n'allait pas laisser tomber pour si peu :

Selon la météo, nous avions 50% de chances d'avoir un temps dégagé au sommet...Le planning était le suivant : arriver au refuge de la 8ème station avant 18h, dîner sur place, dormir jusqu'à 2h du matin puis repartir à 2h30 pour le sommet et y attendre le lever du soleil. Au niveau de l'équipement, rien d'exceptionnel : les fameuses bouteilles d'oxygène, un bâton de rando, des vêtements chauds pour le sommet, un imperméable en cas de pluie, une lampe torche pour la dernière partie, une boussole, nourriture et eau...c'est à peu près tout.

Et c'est parti !

Nous sommes arrivés étonnamment vite à la 6ème station :

Jusqu'à ce qu'on réalise qu'il y avait une "6ème station" et une "vraie 6ème station", la première n'étant qu'une intermédiaire.

Bon, pour la suite de l'ascension je vous mets juste les photos parce que si je commence à écrire des commentaires à chaque fois, je suis parti pour faire un bouquin :

Enfin ! La 8ème station, à 3400 mètres. C'est là que nous nous sommes arrêtés pour passer la soirée, avant de repartir vers 2h30 pour terminer l'ascension :

Pour tuer le temps, on a joué au Uno avec un groupe rencontré sur place. Qui eût cru que le perdant me prendrait au mot quand j'ai dit pour déconner que "celui qui perd sort torse nu à l'extérieur" ?

Par contre vous pouvez me croire, il faisait moins le fier en rentrant...

Ensuite, place au festin : un riz au curry cher, peu copieux et à la limite du mangeable mais à cette altitude on ne pinaille pas. Comme j'avais encore faim, j'ai commandé un cup ramen (quatre fois le prix normal quand même). Sur cette photo j'ai le sourire :

Mais une heure après je l'avais moins...et j'ai passé une nuit abominable. Déjà j'avais une bonne grosse migraine à cause du MAM, mais ensuite j'ai fait l'expérience d'un autre symptôme : les vomissements. Je me suis allongé pour dormir mais, au bout de 20 minutes, j'ai senti que j'allais devoir rapidement aller aux toilettes pour rendre mon festin...je vous épargne les détails mais j'y ai passé environ 3 heures et au moment de repartir, à 2h30 du mat, je me sentais toujours mal malgré le fait que j'aie restitué tout ce que j'avais ingurgité. Mais bon, même si c'était désagréable sur le coup, c'était aussi insignifiant par rapport au sentiment fantastique d'être sur le mont Fuji. La meilleure chose à faire était donc de prendre mon mal en patience et de ne penser qu'au lever du soleil qui nous attendait...

A 2h30 comme prévu, on est reparti pour la dernière ligne droite ! En sortant du refuge, on a pu constater qu'on n'était pas les premiers sur le coup :

Mais l'ambiance était énorme...pas au sens bruyante, c'était même tout le contraire...tous ces gens avançant en file indienne à la lumière des lampes torches, au-dessus des nuages sur les pentes du Fuji...un spectacle tout simplement fantastique ! D'habitude je déteste les coins truffés de touristes mais j'avoue que là, c'est aussi ça qui fait le charme de cette ascension...Voici quelques photos, désolé elles sont un un peu floues mais de nuit sans trépied c'est pas évident :

Puis c'est l'attente au sommet

Malgré le froid et les minutes qui semblent interminables, l'ambiance est phénoménale, surtout à l'approche du moment fatidique...tous les regards (et appareils photos !) sont figés dans une même direction (tiens d'ailleurs, cherchez l'intrus sur la photo suivante) :

Un peu plus bas, on voit les derniers retardataires se hâter :

Puis finalement, le lever du soleil au-dessus d'une mer de nuages...un moment magique...

Passé ce moment d'extase, on avait le choix entre redescendre directement et faire le tour du cratère, évidemment après être venus jusque là on n'allait pas repartir comme ça, on a donc enchaîné avec le tour pour 1h30 environ. Surtout que nous n'étions pas encore au point le plus élevé...

Voici le bureau de poste le plus élevé du Japon :

Il n'est cependant ouvert qu'au pic de la saison, pour nous c'était déjà trop tard.

Un peu plus loin, le dernier effort à fournir, la dernière ascension :

Et on y est ! Le point le plus haut du Japon, à 3776 mètres :

Oui bon techniquement, ça serait plutôt le petit rocher qui se trouve juste derrière moi, mais on va pas chipoter hein.

En arrivant sur l'autre versant, un spectacle qu'on n'a pas l'occasion de voir souvent, l'ombre du mont Fuji parfaitement dessinée sur les nuages :

Et puis la descente, qui fut extrêmement rapide jusqu'à la sixième station. Ce qui est excellent, c'est qu'il y a même des gars qui redescendent littéralement en courant ! Ce qui l'est moins par contre, c'est que comme certaines des voies fusionnent au niveau de la 8ème station, il y a des gens qui se trompent de chemin en redescendant et, arrivés en bas, se retrouvent sur un autre versant à 30km de leur point de départ...

Pour nous pas d'erreur, par contre les choses se sont corsées à partir de la 6ème station. Le brouillard et la pluie avaient fini par s'inviter à la fête et nous marchions sur des pentes recouvertes de terre et de cendres le long d'un chemin qui semblait interminable. Mais nous sommes finalement arrivés sans encombre et sommes allés directement nous relaxer dans un onsen !

Quelle expérience !!! Néanmoins je ne suis pas sûr de retourner un jour sur le mont Fuji. Comme vous avez pu le constater, entre la terre et les cailloux ce n'est pas ce qu'on peut appeler une belle randonnée, et puis je préfère tenter de nouvelles expériences plutôt que de refaire dix fois la même chose. Mais qui sait, ça pourrait aussi être marrant de le refaire avec un groupe plus important et via une autre voie...

Pour répondre à une question que vous vous posez probablement, non, je n'ai pas trouvé l'ascension difficile en termes d'endurance. Seulement 5h30 au total, aucune difficulté technique, ça grimpe un peu plus sur la fin mais rien de bien méchant. Juste une bonne rando quoi ! D'ailleurs y'a qu'à voir la variété des personnes qui font l'ascension chaque année, de la fillette au grand-père, il y a de tout. Seul le MAM peut rendre les choses parfois pénibles mais je le répète, ce n'est rien comparé à la grandeur de l'expérience.

D'ailleurs à ce sujet, ma migraine s'est intégralement dissipée en moins de deux heures après la descente, par contre mon estomac est resté remué pendant plusieurs jours. Le fait de ne quasiment pas avoir dormi deux nuits d'affilée (à Shuzenji, puis au refuge de la 8ème station) n'a sûrement pas aidé...En tout cas j'ai décidé de modifier mes plans pour la suite. J'avais prévu en effet de partir directement à Hokkaido mais j'ai finalement décidé de rentrer à Nagoya pour me reposer le temps nécessaire, quite à carrément laisser tomber Hokkaido si besoin...chose que je n'ai heureusement pas eu à faire, mais ceci est une autre histoire...

11 commentaire(s)

Commentaires

Par Romain le 29/10/2007 à 08:08:32

Sacrée grimpette! les photos sont superbes!
le monde encore present en fin de saison me fait halluciner... t'imagine le mont blanc rempli de touristes???

Par BorKo le 29/10/2007 à 09:36:58

Wowwwww, de la boulette cette aventure !!!
bientôt l'ascention du sacré coeur ? :op

Par Fred le 29/10/2007 à 12:56:09

Wow super
ça me donne envie de grimper le mont fuji aussi ;)

Par Nico le 29/10/2007 à 19:44:45

Et bien, et bien !
Belle aventure, et je t'envie !

Par mamie le 30/10/2007 à 02:03:38

beau récit , très belles photos ,
bravo , c'est super !
tu sais bien tenir tes lecteurs en haleine .
grosses bises
mamie

Par Cyril le 30/10/2007 à 13:25:51

Le sage ne gravit le mont Fuji qu'une fois, seul l'indécis le gravit une seconde fois.

Par Tarto le 31/10/2007 à 05:46:31

Et ben quel succès, je vais finir par organiser une expédition à ce rythme.
Prochaine étape, comme suggéré par Borko, l'ascension du sacré-coeur mais attention, sans oxygène ! Remarque ça m'étonne que tu proposes ça, il me semble que tu es plutôt un spécialiste de l'ascension de la tour Montparnasse les jours de St-Valentin héhé...
@Cyril : je ne connaissais pas la version française du proverbe...c'est marrant d'ailleurs, selon la langue le sens diffère légèrement :
- He who climbs Mount Fuji once is a wise man, he who climbs it twice is a fool
- 一度も登らぬばか、二度登るばか

Par BorKo le 31/10/2007 à 10:12:53

Oui dans ma jeunesse il y a eu l'ascention de la tour montparnasse avec extra ball 1 mois plus tard ;)

Par sexybeast le 19/11/2007 à 17:39:25

salut toi.... très belles photos, peut-être qu'on pourrait se rencontrer un jour??

Par Romain le 19/11/2007 à 17:41:13

quelle sacrée grimpette je te dis!!! J'en reviens pas osti tabarnac!

Par Shoko le 21/11/2007 à 04:32:17

It's lucky to see the beautiful sunrise!
Though I always thought to stop climbing Mt.Fuji after doing it, I
feel like going back there later. I wonder....

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